1814. Une coalition formée de la Prusse, de la Russie, de l’Autriche et du
Royaume-Uni envahit la France. En mars, elle s’apprête à entrer dans Paris.
Près de Gagny et Chelles, des troupes d’Alexandre II, Empereur de Russie, ont
placé leur cantonnement. C’est le début d’une longue présence slave sur le
secteur…
Assurée d’avoir débarrassé la France de son empereur, l’armée d’Alexandre II
entame sa retraite vers la Russie. Pourtant, deux soldats, peut-être
déserteurs, ne souhaitent pas rejoindre la mère patrie. Au contraire, ils
décidé de faire leur vie en France. Bientôt, ils vont même se marier et ainsi
fonder une famille. Celle-ci s’agrandira de nouveau brutalement, un siècle plus
tard. A la suite de la Révolution de 1917, de nombreux Russes menacés ou
persécutés décident de quitter leur pays pour chercher la sécurité et le
travail dans le monde. Certains arrivent en France dès 1922. A cette époque,
l’industrie française tourne à plein régime. On manque de bras. La France
décidé d’ouvrir ses usines aux "Russes blancs", ce surnom donné aux nobles, aux
partisans et aux nationalistes tsaristes exilés. Ils constituent alors une main
d’œuvre appréciée, notamment dans les dépôts de chemin de fer et de tramways de
la banlieue parisienne.

La société Poliet et Chausson, qui exploite les carrières de gypse
Saint-Pierre, situées à Montfermeil et Gagny, lotie alors les terrains du
quartier des Abbesses. Ce quartier gabinien doit son nom à son appartenance,
avant la Révolution française, à l’abbaye royale de Chelles. C’est donc par le
bouche à oreille que des Russes se mettent à acheter des terrains à peine
viabilisés et encore marécageux, au prix de 50 francs les deux lots. Ils ont la
possibilité d’y bâtir une maisonnette, avec jardin et poulailler. Parmi les
premiers lotisseurs, on trouve le nom d’un certain Pechakoff, en 1926.
