Bruno Chareyron dirige le laboratoire de la CRIIRAD, l'organisme indépendant spécialisé dans la radioactivité. Il juge « inquiétantes » les mesures relevées par les bénévoles sur le site de l'ancien centre d'étude atomique (CEA).

Interview réalisée par Ludovic Francisco et parue le 18 Mai 2011.

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Bruno Chareyron ditigele laboratoire de la CRIIRAD, la plus haute autorité indépendante en matière de radioactivité en France.

Concernant les relevés de radioactivité réalisés par l'association ,« L'Effort de Vaujours », comment accueillez-vous ces résultats?

Je suis à la fois étonné et pas tellement surpris. Étonné parce que, suite à notre expertise au début des années 2000, le CEA s'était engagé à décontaminer le site. Mais d'un autre côté, je ne suis pas tellement surpris parce que nous avions émis déjà de fortes réserves sur tout un tas d'aspects liés notamment à l'impossibilité de contrôler à fond la totalité du site. Je pense notamment aux sous: sols. Pour information, nos appareils sont incapables de détecter une source produisant 50 millions de Becquerels si celle-ci est enterrée à seulement quelques centimètres de profondeur.

A l'aide de compteurs Geiger, les bénévoles ont récemment mesuré des taux allant jusqu'à 3,31 micro-Sieverts/heure, ce qui correspond au rayonnement reçu par le corps humain en cas d'exposition. Est-ce inquiétant ?

3 microSieverts/heure, c'est un rayonnement clairement anormal. La norme en lle-de-France n'est que de 0,10 microSieverts/heure. C'est ce qu'on appelle le bruit de fond, la radioactivité naturelle. On est donc 30 fois au-delà de la norme.

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Mesure à 33 fois la norme prise l'association l'Effort de Vaujours en Mai 2011.

Cela représente t'il un danger sanitaire?

Cela dépend de nombreux paramètres. Il faudrait d'abord caractériser le type de rayonnements. L'uranium 238, comme semble en' contenir le site, émet par exemple tous types de rayonnements: alpha, bêta, gamma. Il est donc dangereux. Concrètement, les risques auxquels pourrait être confrontée une personne en contact avec la radioactivité sont de trois types : par irradiation, par inhalation et par ingestion.

Sur ce site, nous sommes dans le domaine de ce que nous appelons les « très faibles doses ». Cela ne veut pas dire qu'elles sont inoffensives. Tout rayonnement au-dessus de la normale présente un danger pour la santé à long terme. Qui peut se traduire par des cancers de tous-types.

Mesure à 30 fois la norme filmée par l'association l'Effort de Vaujours en Mai 2011.

La société Placo envisage d'exploiter le gypse à l'emplacement du fort. Cela est-il compatible à votre avis avec la présence éventuelle de radioactivité ?

C'est ce que je trouve de plus étonnant. La dernière fois ue nous sommes intervenus sur le site, il était convenu que l'Etat allait frapper le terrain de servitudes, suite aux nombreuses réserves émises par notre laboratoire. Nous nous apercevons aujourd'hui que le terrain a été vendu. Qui plus est à un exploitant de gypse qui, j'imagine, va creuser la terre. Or un site, pour être banalisé, doit avoir été décontaminé à 100 %.

Pourquoi n'êtes-vous pas intervenus depuis 2002 ?

Sur des dossiers comme celui-là, nous intervenons sur sollicitation des associations, ou au moins lorsque l'information nous parvient. Notre laboratoire est basé à Valence dans la Drôme, nous sommes une petite équipe. Là, visiblement, il y a eu un blanc. Je ne m'explique pas que personne ne nous ait pas alertés depuis cette date, au moins sur la vente des terrains.

Qu'avez-vous prévu de faire?

Nous allons nous mettre en relation avec les bénévoles, afin de réunir un maximum de documents. Nous sommes des scientifiques, il nous faut donc recueillir des éléments, avant d'émettre un juqement. Nous allons également interpeller le préfet de Seine-et-Marne pour demander des explications. Nous vouIons comprendre comment un terrain peut avoir été rendu au domaine public quand on sait qu'il n'a pas été contrôlé en totalité et qu'il présente donc un risque potentiel. ,

La radioactivité représente-t-elle le seul danger sur le site ?

Non ! Dans nos précédents rapports, nous avions mis en évidence la présence de pollutions chimiques et la probabilité de trouver en sous-sol des explosifs hérités du passé militaire du fort.

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