CHELLES

Réserve naturelle du Montguichet

Les écologistes s’insurgent contre l’abandon du projet

C'était une révélation de « La Marne » la semaine dernière : la décision du groupe Placoplâtre d'abandonner son projet de réserve naturelle sur le Montguichet. Une semaine après, élus et militants écolos promettent de ne pas en rester là. L'exploitant de gypse, à travers sa maison-mère Saint-Gobain, maintient sa position.

Ça chauffe entre les exploitants de gypse et les écologistes ! L'annonce faite par Saint-Gobain a décidément bien du mal à passer auprès des défenseurs de la nature. Il y a quinze jours, la direction du groupe a révélé, à travers un e-mail informel expédié aux bénévoles impliqués dans le projet, qu'il renonçait finalement à financer la réserve naturelle de 10 ha sur les terrains, classés, du Montguichet (voir encadré). Ses juristes auraient en effet jugé le projet « trop compliqué à mettre en oeuvre », en raison de la présence de parcelles enclavées sur les terrains de l'entreprise. Un argument très mal perçu par l'instigateur du projet, Christophe Nedelec, qui avait immédiatement qualifié la conclusion de « prétexte » et même « d'insulte aux personnes » impliquées dans le projet « depuis deux ans ». Une semaine après l'éclatement de l'affaire, les premières réactions commencent à se faire entendre.

« L’écologie finit où commence l’argent »

« C'est déplorable, juge Paul Athuil, adjoint au maire de Chelles chargé de l'environnement. Pour les associations qui se sont investies, les bénévoles qui ont pris sur leur temps et leur argent... Saint-Gobain avait l’occasion de se donner une belle image de marque. Le projet ne lui coûtait presque rien. Peut-être le groupe s'est-il rendu compte qu'une pénurie du gypse n'était pas à exclure... Mais en fin de compte, je ne suis pas tellement surpris : l'écologie finit souvent là où commence l'argent ». Même indignation chez les militants écolos. Ainsi Alexandre Pasche, animateur des Verts de Marne-et-Chantereine, accuse-t-il Saint-Gobain et la fondation Placo de vouloir « urbaniser » le Montguichet, derrière « un rideau de fumée vert ». La semaine dernière, Placoplâtre a proposé de financer d’autres projets « en des lieux n’appartenant pas au groupe Saint-Gobain », ce qui a achevé de mettre en colère les écologistes, interprétant le geste comme une tentative « d’acheter leur silence ».

« On ne construira pas au Montguichet »

Un ensemble d’accusations écartées d’un revers de bras par le directeur régional de Saint-Gobain, Olivier Ribaud : « Je répète que le projet nous a paru trop compliqué à mettre en oeuvre sur le plan juridique. Les propriétaires des parcelles en question risquent de ne plus pouvoir accéder à leurs terrains. Il est vrai que les bénévoles ont proposé un découpage subtil du périmètre d'intervention, prenant en compte cette problématique. Mais nous avons préféré faire valoir le principe de précaution sur ce dossier ». L'homme récuse une quelconque volonté de vouloir céder à terme les terrains à des promoteurs ou d'y développer une activité économique : « Pour la fondation Placo comme pour Saint-Gobain, les objectifs sont les mêmes : restituer les terrains exploités tel que nous les avons trouvés. Il n'y a pas de projet au Montguichet ». Une déclaration sujette à caution : il est acquis qu'une partie des carrières, côté Gagny (Seine-Saint-Denis), doit accueillir un projet immobilier de 300 logements.

« Nous ferons interdire la chasse »

Autre grief des naturalistes : la présence depuis de longue années de chasseurs sur la zone. Une autorisation de Saint-Gobain leur permet en effet de pratiquer la chasse et de tirer, selon leurs détracteurs, « à moins de cinquante mètres des maisons ». Un privilège jugé « insupportable » par les écologistes, qui voient-là la preuve d’un « deux poids deux mesures ». « Si ces autorisations de chasse existent bel et bien, nous verrons comment elles peuvent être limitées dans le temps et à quelles personnes », répond M. Ribaud. Mais la municipalité entend accélérer les choses sur ce dossier : « Je vais voir comment il est possible d'appliquer l'interdiction, assure Paul Athuil. Après tout, le maire dispose d'un pouvoir de police sur sa commune. S'il y a un danger pour la population, il n'y a aucune raison pour qu'on ne puisse pas agir ». Reste que le projet de réserve est, lui, plus que jamais mis en pointillés. Soutien déclaré, la Région, à travers son président Jean-Paul Huchon, n'a pas encore fait entendre sa voix. Mais le dossier serait déjà entre les mains de Cécile Duflot, présidente des Verts au Conseil régional.

L.F.

ENCADRé

Ce que prévoit le projet

Au départ, une idée un peu folle. L’ambition de Christophe Nedelec, à travers l’Association des naturalistes des coteaux d’Avron (Anca), la plus importante association environnementale de l’est parisien, est de créer une réserve naturelle sur le Montguichet. Cet espace naturel de 150 ha, à cheval sur Chelles et Gagny, est constitué d’anciennes carrières de gypse, de bois et de champs appartenants au groupe Saint-Gobain et à son exploitant historique, Placoplâtre. Depuis 1993, l’endroit est classé « zone d’intérêt écologique » en raison de sa grande biodiversité. Il renferme en effet nombre d’espèces protégées, dont le fameux alisier de Fontainebleau. Très vite, les bénévoles décident de restreindre leur projet aux 90 ha chellois, classés depuis 2000 « espace naturel sensible » et, de fait, inconstructibles. Le projet est présenté en 2009 à Placoplâtre, dont la fondation finance des actions locales en faveur de l’environnement. Il prévoit notamment la protection des espèces rares et l’exploitation par une association de la partie agricole. Placo accepte d’étudier le dossier. Très vite, un budget est débloqué (180 000 euros sur trois ans), puis un périmètre d’intervention, réduit finalement à 10 ha. Mais, alors que le projet semble en bonne voie (il est même soutenu par les élus locaux et régionaux), patatras. Saint-Gobain fait savoir qu’il renonce.

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