Dimanche 21 Mars 2010, le ciel est gris et la lumière est fade. Le sol est lourd, humide mais cela n'a aucune importance : l'appel de la carrière Saint-Pierre est bien plus fort. Entree_firstmasse_1.jpg

Entrée des galeries de première masse de gypse.

Les pas nous portent vers la zone tourmentée et relativement dangereuse des fontis : le territoire de la couleuvre à collier (Natrix Natrix). Nous recommandons fortement d'éviter ce secteur de la carrière Saint-Pierre. Mais dans notre rôle de sentinelle, il est important que nous y réalisions des recensements de la faune et de la flore.

Nous passons devant l'un des fontis les plus impressionnants : 25 mètres de diamètre, très abrupt, empli d'eau et semblant assez profond. Nous regardons l'eau en contrebas : inaccessible. Il y a des massettes à larges feuilles (Typha latifolia) sur les bords. Il y a de la vie la dedans. Une couleuvre à collier en train de nager, y avait été observée. Une pensée nous passe alors par la tête, il doit y avoir les rois des mares la dedans : les Tritons.

Cela serait une des seules observations à Gagny et une des rares de Seine Saint-Denis. La destruction des zones humides ainsi que l'augmentation du transport routier sont les principales causes de la disparition de ces amphibiens en région parisienne et ailleurs.

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Côte Bellevue : fontis très abrupt de 20 mètres de diamètre.

La présence du triton palmé (Lissotriton helveticus et anciennement Lissotriton helveticus Razoumovsky, 1789) a été mentionnée par l'ANCA au début des années 90. Mais existe t'il encore ? Celui-ci n'a pas été revu depuis !!!

Nous nous rapprochons d'un autre fontis plus accessible et beaucoup moins dangereux.

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Celui-ci possède une zone humide en son centre où il commence à pousser des saules. Il arrive que celle-ci soit totalement à sec tout au long de l'année et mais ces 2 dernières années, la mare semble un peu plus stable.

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De loin, la mare semble plus remplie que d'ordinaire. Il n'y a pas de plante de rive, ni de plante aquatique, sans crustacé (daphnie, gamare etc.). Seulement à première vue un fond de feuille de saule blanc en décomposition, de l'eau saumâtre, des milliers de larves de moustiques et quelques gerris.

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Et là, surprise...des Tritons Palmés !!! Le moment est magique et l'exaltation est à son comble. Nous estimons qu'il y en a au moins une vingtaine. Ils sont difficiles à photographier, ne remontant à la surface que brièvement pour respirer.

Nous n'avons pas d'épuisette pour les capturer mais nous réussissons non sans mal à photographier quelques spécimens :

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Le lendemain, au retour du travail, nous retournons sur site munie d'une épuisette. Nous voulons les photographier et de vérifier que nous n'avons pas à faire au Triton Ponctué. Ce dernier a été observé par les frères Lelardoux dans la source du Parc du Château de Montguichet à 400 mètres à vol d'oiseau de ce fontis.

La magie est au encore au rendez-vous. Ce sont bien des Tritons Palmés : aucun doute. La gorge n'est pas tachetée et le bout de la queue des mâles est terminé par un court filament de quelques millimètres.

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Gorge des Tritons Palmés.

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Le bout de la queue des mâles.

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Une dernière photo pour le plaisir.

Le triton palmé a besoin de support pour les œufs et de plancton pour les larves. De petite taille, il peut coloniser des milieux humides assez pauvres (oligotrophes) comme cette présente mare où nous les avons trouvé. Nous allons essayer sans dénaturer cette mare de réaliser 2 actions de gestion :

  1. Ensemencement avec des daphnies et des aselles d'une autre zone humide du secteur.
  2. Optimiser les supports pour les pontes par l'apport de mousse de touffes de graminée terrestre "à feuilles molles".

Les Tritons Palmés sont protégés en France (Arrêté du 22 juillet 1993 fixant la liste des amphibiens et reptiles protégés sur l'ensemble du territoire) et classé "à surveiller" dans le livre rouge des vertébrés.