Le Baron n'aura de cesse d'essayer d'agrandir le domaine au moyen d'échanges et de rachats. Il y eu même de longues périodes de négociations entre lui et le propriétaire de Ville-Evrard.

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A la Suite de la démission de M. Laugier-Villars, le Baron Daniel Roger, le 15 octobre 1815, pris les fonctions de Maire de Gagny.

Il devint Maire juste après la fin de la campagne de France, qui s'était déroulée de janvier à avril 1814 et pendant laquelle Napoléon Ier a tenté d'arrêter l'invasion de la France. Après l'entrée des troupes prussiennes et russes dans Paris, ce dernier partira en exil à l'île d'Elbe.

La campagne de France

Pendant ce conflit, Gagny a énormément souffert. La guerre, les réquisitions et le logement de 550 prussiens ont ruiné la ville, comme le prouve le témoignage du Baron : "Lors de la première entrée des troupes alliés en France, la commune de Gagny se trouvant par sa position géographique entre 3 camps ennemis a été totalement pillée, la chaumière du plus pauvre n'a pas été exemptée du pillage."

Une de ses premières tâches de Maire sera donc d'essayer de redonner à Gagny son dynamisme d'avant guerre. A force d'abnégation, il réussit à obtenir que des indemnités soient versées à la commune en compensation des réquisitions et des pillages ayant été perpétrés lors du conflit.

Dans son livre Un village de la banlieue parisienne : GAGNY, Georges Guyonnet parle du Baron Roger en ces termes :

Le Baron Roger, intelligence supérieure, philanthrope éclairé, fut le premier à sentir la nécessité d'un grand effort pour tirer ses administrés de leur médiocre condition. Aidé par les riches propriétaires de la commune, le tapissier parisien Clément Grandin et l'Anglais Broadly, qui a la coquetterie de se faire appeler Brodelet, il prend d'énergiques mesures charitables, organise des travaux de voirie de ses propres deniers et finance des distributions gratuites de pain.

Exploitant agricole important, son domaine du chesnay totalise alors plus de 600 arpents, il s'efforce de trouver un débouché à la main d'oeuvre locale et installe chez lui, en 1818, une fabrique de sucre de betteraves à laquelle il entend donner une grande extension. Cette industrie, issue des nécessités du Blocus Continental, en est encore à ses débuts, mais il juge avec clairvoyance que : "la culture de la betterave améliore la terre qui la produit et la fabrication du sucre est tellement simplifiée que l'on ne doit pas douter que d'ici à quelques années la France ne suffise à elle même à la consommation de cette douceur. Cette belle découverte qui se perfectionnera encore fera sûrement époque.

Gagny. - Le château du Chesnay vu du canal

Carte Postale : Canal du Chesnay vu du chateau

Il ensemence annuellement 25 à 40 arpents de betteraves; une quarantaine de personnes, hommes et femmes, est employée à leur culture et 16 et 20 autres sont nécessaires en hiver pour conduire les opérations de raffinage dont il espère tirer "25 à 40 milliers de très bon sucre brut". Les plus éminentes personnalités du département s'intéressent à ses expériences, le Baron Destouches n'y reste pas indifférent et lui demande un échantillon de sa production, que des raisons demeurées inconnues arrêtèrent prématurément.

Chateau Destouches

Source : "Un village de la banlieue parisienne : GAGNY" par Georges Guyonnet, ouvrage couronné du Prix Comartin 1944.

Le Baron Roger, gravement malade, donna sa démission de Maire en mai 1827 et décéda le 24 Mars 1829 à son domicile parisien (4 rue Bergère). Par son testament rédigé après sa démission, il légua une rente de 1500 Frs au Bureau de Bienfaisance de Gagny pour une durée de dix ans.

Ainsi dans son testament, il est possible d'y lire : Cette rente de 1500 F sera répartie chaque semestre aux dix habitants les plus pauvres et les plus méritants de la commune, ces deux considérations devront rigoureusement être prises en compte...Le comité de Bienfaisance de Gagny désignera à chaque semestre huit des habitants les plus méritants et les plus pauvres, il leur sera délivré à chacun un dixième du semestre de la dite rente qui sera de soixante francs par chaque tête.

En signe de reconnaissance, la commune de Gagny donna à sa place publique le nom du Baron (elle fut renommée "Place du Général de Gaulle" dans les années 70).

Carte Postale de la Place du Baron Roger

Le Baron, de son vivant, s'attacha également à élargir le canal du Chesnay. Il demanda à être enterré sur les terres de son domaine. Ses dernières volontés furent exhaussées. Il fut donc inhumé dans une fosse de 15 pieds de profondeur dans un lieu-dit appelé "La Grande Remise" sur la rive droite du canal .

Le comte Edouard-Léon Roger du Nord :

Son fils, le comte Édouard-Léon Roger du Nord, devint donc le nouveau propriétaire du Domaine de Chesnay ("du Nord" car il fut également député du département du Nord).

Édouard-Léon Roger, baron Roger puis comte Roger "du Nord", est né à Paris le 20 novembre 1803. Il fut attaché à l'ambassade de France à Constantinople, Maire de Gagny de 1837 à 1840, député du Nord de 1834 à 1851 et sénateur du Nord de 1871 à 1881.

Il épousa, à Gagny, le 1er Juin 1828, à l'église catholique, Henriette Aimée de Guilleminot, fille du Général comte de Guilleminot et de Marie Adrienne Fernig.

De leur Mariage naquirent :

  • Charles Ferdinand Edouard Roger, né à Paris le 6 avril 1829. Celui-ci fit carrière dans l'armée, il mourut, au grade de lieutenant, le 12 juillet 1855, pendant le redoutable siège de Sébastopol. Ce siège est l'épisode principal de la guerre de Crimée (1853-1856) qui opposa la Russie impériale à une coalition comprenant l’Empire ottoman, le Royaume-Uni, la France et le royaume de Sardaigne.
  • Marie Thècle Roger, née en 1835 et décédée à Paris le 1er octobre 1857 sans enfant. Elle avait épousé, le 8 Mars 1854, un anglais du nom de Huddleston.

C'est le drame du comte Roger du Nord et de son épouse car à 2 années d'intervalle, ils perdirent leurs 2 enfants et par voie de conséquence leur descendance.

Pendant la guerre Franco-allemande de 1870, les troupes allemandes vont occuper la ville de Gagny et installer des batteries d'artillerie à la Croix-Saint-Siméon et au parc de Montguichet qui pilonneront le plateau d'Avron. Ces pilonnages mèneront à la chute du "dernier bastion de la résistance de Paris".

Les allemands vont transformer le château du Chesnay en un véritable camp retranché servant de centre de ravitaillement pour la cavalerie avec "fascines, tranchées et murs crénelés". Le château du Chesnay subit des dégradations considérables et fut totalement pillé. Le comte Roger évalua à 80.000 Frs les dégâts occasionnés par ce conflit sur son domaine.

Une fois la paix revenue, le domaine pu reprendre sa vie paisible, ses activités agricoles et son exploitation de la carrière.

GAGNY - Le Chesnay - La Source.

Le comte Roger du Nord, ayant perdu sa descendance, laissa par son testament, l'intégralité des ses biens à son épouse. Il disparut le 11 juin 1882 et fut inhumé comme son père sur son domaine du Chesnay. Henriette, son épouse, le rejoignit dans la mort quelques mois plus tard, le 20 Novembre 1882.

Conformément à la volonté du comte, elle décida dans son testament de laisser à la commune de Gagny une pension de 1200 francs de rente qui sera partagée entre les plus vieux, les plus pauvres et les plus méritants.

Le domaine et ses biens furent donc partagés entre leurs héritiers indirects. Et c'est ainsi que sa belle-sœur Hortense-Augustine Guilleminot et son époux devinrent propriétaires du château et de ses dépendances en 1882...

Carte Postale : Canal du Chesnay

A suivre...

Voici les sources bibliographiques qui nous ont permis de retracer l'histoire du domaine du Chesnay :

  1. "Un village de la banlieue parisienne : GAGNY" par Georges Guyonnet, ouvrage couronné du Prix Comartin 1944. C'est la bible de l'histoire de Gagny.
  2. "Le domaine du Chesnay" par Jacquet, Pierre ( Bulletin de la société historique du Raincy et du pays d'Aulnoye, 1969, N°36, p. 26-41)
  3. "Le Général Baron Joannès, sa famille et les familles alliées" par Mr Lemonchois, Société historique du Raincy et du pays d'Aulnoye)
  4. Gagny et ses carrières de plâtres par Michel Engelman (Bulletin de la société historique du Raincy et du pays d'Aulnoye, En Aulnoye Jadis, 1996, N°25, p. 57-74)
  5. Champs - Noisy. Les dîmes...La ferme du Chesnay à Gagny par Serveau, Yves ( Bulletin municipal officiel de Gournay, Date d'édition : 1988, Collation : n°2, p. 36-37)
  6. L’évolution urbaine de Chelles, 1824 – 1911 par Jérôme Donato, la Société Archéologique et Historique de Chelles, Bulletin N°16 – 1998/1999
  7. La Seigneurie de Chelles, ses fiefs, ses lieux dit, par Annick Desthuilliers, la Société Archéologique et Historique de Chelles, Bulletin N°12 – 1993/1994
  8. Le Cartulaire de Gournay-sur-Marne, traduit du latin par la Société Histoire de Gournay-sur-Marne, Noisy-le-Grand et Champs-sur-Marne.