Le lieu est donc connu sous les noms de :

  • Canaïlum 11e siècle
  • Chavigniaco 1105
  • Canoilum 1122
  • Canolii 1147
  • Chanuil 1188-1189
  • Chanoeil 1221
  • Chennuel 1224
  • Chanoilum 1243
  • Chanolio 1251
  • Le Chesne 1598
  • Le Chenet 1792
  • Le Chesnay au XIXème siècle
  • Le Chenay au XXème siècle

Au XVIIIème siècle, l'Abbé Leboeuf a déclaré avoir vu, au Chesnay, une pierre dans le creux d’un arbre non loin de l’endroit où le Bailly de Gournay tenait ses assises.

Comme preuve d'une activité agricole ancienne sur le domaine, consultant le Cartulaire de Gournay-sur-Marne*, nous apprenons qu'en 1209 ou 1210 : Herbert, prieur de Gournay, accorde à Robert Fabre et à sa femme Adélaïde pour toute leur vie un muid de blé à prendre sur la grange du Chesnay, deux septiers de légumes, l’un de fèves et l’autre de pois et trois muids de vin aux vendanges de Champs-sur-Marne, et quand il décèderont ils seront enterrés dans notre cimetière".

Le Cartulaire, nous révèle également qu’en 1267 : « Le Seigneur Guillaume dit le Porter et son épouse Pétronille doivent le cens au prieuré de Gournay pour un arpent de vigne en deux parcelles situées au Chesnay, lieu dit le Tronel », et qu’en 1283 : «Biens de l’église de Gournay : au Chesnay, 10 arpents en 8 pièces, 11 arpents de vignes en 12 pièces. Ils ont été donnés par le prieur de Gournay contre le versement de 17 sols parisis et d’un setier d’avoine tous les ans ».

  • Traduit du latin par la Société Histoire de Gournay-sur-Marne, Noisy-le-Grand et Champs-sur-Marne.

Le domaine au XVIIème siècle :

Dans le document réalisé par la Société Histoire de Gournay-sur-Marne, Noisy-le-Grand et Champs-sur-Marne sur la propriété du prieuré de Gournay-sur-Marne en 1656, nous avons collecté les informations suivantes :

« 6 Juin 1656, Messire Pierre Duval Prêtre, Curé de Saint-Arnoult de Gournay, y demeurant, de présent audit lieu du Schenay… »

« …Audit lieu du Chesnet, reconnâit qu’ils sont à présent détempteurs et propriétaires d’une maison, court et jardin… »

« Claude Clet, voiturier par terre demeurant à Gournay ce présent audit Chesnet acquise de Charlotte Tourneboeuf à présent, sa felle, auparavant veuve de Pierre Arnoud, se reconnaît être et est détenteur d’une maison… »

« Pierre de Villemonte, manouvrier, demeurant à Gournay, de présent audit lieu du Chesnet reconnâit qu’il est détempteur et propriétaire d’une maison sis audit Gournay… »

« Marin Acart, Maistre…sur la rivière de Marne et Nicolas Chaulin, maneuvrier, demeurant à Gournay, de présense audit lieu du Chesnet…ledit Chaulin..reconnaît…qu’ils baillèrent par Thomas Transsevache, sieur du Cloe, receveur de la terre et Seigneurie dudit Chesnet, comme s’étant faisant fort dudit Prieuré de Gournay… »

« En la censive, justive et Seigneurie dudit Prieuré de Gournay, Seigneur en partie dudit lieu (Chesnet), chargé envers lui de 2 pouilles sur année de rente en la nature et condition qu’elle est, et de 2 sols… »

Sur la carte de Delagrive, datée de 1740, est présentée une ferme de plusieurs corps de bâtiment autour qu’une cour quadrangulaire.

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Carte de l'Abbé de la Grive, 1720 - 1740.

Le Sieur Jean-Joseph Payen :

A la révolution française, le prieuré de Gournay fut supprimé et ses biens devenus nationaux furent mis en vente. Le 19 Janvier 1791 et pour 216000 livres, le sieur Jean-Joseph Payen, commissaire des Guerres du Roi d'Espagne, devint le nouveau propriétaire du domaine du Chenet (district de Gonesse).

La ferme du Chesnet fut donc aliénée de Gournay pour être rattachée à Gagny qui fut d’abord attribuée « à tort » à Noisy-le-Grand.

A cette époque, le domaine était d'une taille relativement importante puisqu'il totalisait 448 arpents (l'hectare équivaut environ à deux arpens un tiers) en 29 pièces et possédait une ferme.

croquis_ferme_chesnay_1870.jpg

Le sieur Jean-Joseph Payen travaillait pour la marquise de Marboeuf. Née Henriette-Françoise Michel, la marquise était la fille du Directeur de la Compagnie des Indes. Elle épouse le marquis de Marboeuf, Colonel de dragons, en 1757 et met fin à cette union en 1763. Elle était la propriétaire du château de Champs-sur-Marne et de la ferme de Gournay dont Payen était aussi le régisseur.

Le sieur Payen était à la fois son locataire, son homme de confiance et il deviendra une forme d'intendant ou de régisseur. Il est fortement question qu’il ait été son amant. Il continua, après l’acquisition du Chesnay, de vivre avec la marquise au château de Champs et dans l'hôtel particulier familial de celle-ci, rue du Faubourg Saint-Honoré à Paris. On le nomma jusqu’à sa mort « l’homme d’affaires de madame de Marbeuf ».

Après l’acquisition du domaine du Chesnay, il achète, à la marquise, des terres en friches localisées sur le plateau de Gagny et se lança dans l'exploitation de la pierre à plâtre ou gypse. Ces terres devinrent la carrière dite Payen (actuellement nommées carrière Saint-Pierre).

En 2 ans, le sieur Payen, "en agronome averti", transforma le domaine du Chesnay en une des plus grandes fermes de la région. Il accumula une importante fortune qui attira rapidement des convoitises ainsi que la méfiance de la nouvelle administration révolutionnaire.

Le 6 mai 1792, la commune de Chelles céda au sieur Payen, à titre de bail emphytéotique, 26 arpents de terres et les cours des eaux des rus des Ambles et des Pissottes. En échange, le sieur Payen devait entretenir les eaux circulant dans l'Abbaye et notamment dans ses fossés.

Dans le but d’irriguer la ferme du domaine et favoriser l'exploitation des carrières à plâtre du coteau, il fit construire, sans la permission de la municipalité, un canal dit du Chesnay et une digue pour y détourner les eaux des rus des Ambles, des Pissottes et du ru Saint-Roch.

Cela eu pour conséquence principale d'assécher les fossés qui passaient dans l'Abbaye de Chelles.

La création de ce canal ainsi que ses relations avec la marquise de Marboeuf ont sans doute pesé fortement dans les accusations d'accaparement dont il fut l'objet l'année qui suivit.

Carte Postale : Canal du Chesnay (Avre)

Collection des Abbesses de Gagny-Chelles.

Cela eu pour conséquence principale d'assécher les fossés qui passaient dans l'Abbaye de Chelles. Pour de plus amples renseignements sur l'histoire des cours d'eau des Abbesses et du Chesnay, lire l'article suivant : les cours d'eau disparus des Abbesses.

La création de ce canal a peut être pesé plus ou moins fortement dans les accusations d'accaparement dont il fut l'objet l'année qui suivit.

Dans les Registres de Délibérations de Gagny, il est possible de constater qu'à partir de 1792, la nouvelle administration révolutionnaire avait placé le sieur Payen sous surveillance, avec notamment la réquisition de 3 chevaux réputés "de luxe", le 17 septembre 1793.

Sous la pression, le sieur Payen, afin "de déjouer la malveillance et arrêter certains propos qui pourraient compromettre son civisme et la pureté de sa conduite" demanda donc qu'une perquisition à la ferme soit réalisée par la Municipalité de Gagny.

Le Maire Aubry, accompagné de son secrétaire-greffier et de 2 notables de la ville, vint donc inspecter le domaine. Ils firent une déclaration bienveillante en sa faveur : "Nous n'avons trouvé que les choses nécessaires à l'exploitation de ladite ferme...circonstance ferait seules disparaître les mauvaises intentions qu'au surplus ...Nous connaissons le citoyen Payen pour un homme revêtu de la confiance de ses concitoyens et que son civisme et sa conduite lui méritent leur estime et la notre..."

Mais ce soutien de la Mairie fut sans effet pour empêcher les tenailles de l'administration révolutionnaire de se refermer. Le sieur Payen fut donc accusé d'accaparement, arrêté le 1er novembre 1793 et guillotiné, à quarante neuf ans, en compagnie de la marquise de Marboeuf, le 6 février 1794 (18 Pluviôse An II du calendrier Républicain).

Dans le livre, Sept générations d'exécuteurs 1688-1847: Mémoires des Sanson mis en ordre, de Henri Sanson, Charles Henri Sanson, publié par Dupray de la Mahérie en 1863 :

''Marbœuf, Henriette Francoise Michel, convaincue d’avoir accaparé des subsistances, et avec elle, Jean Joseph Payen, fermier de la citoyenne Marbœuf et son complice et deux falsificateurs d’assignats : Nicolas Armand et Jean Renaud. Dans le chemin comme la citoyenne Marbœuf exhortait Payen à mourir avec courage ; elle lui disait : - Après tout mon pauvre garçon mourir aujourd’hui ou mourir dans vingt ans c’est tout un. Celui ci qui n était pas à beaucoup près aussi résolu qu’elle, a répondu - Si c’est tout un madame, j’aimerais bien mieux dans vingt ans.''

Dans le livre, Réimpression de l'ancien Moniteur, seule histoire authentique et inaltérée de la révolution française depuis la réunion des Etats-généraux jusqu'au Consulat (Mai 1789 - Novembre 1799)..., de A. Ray, Le Moniteur universel, publié par H. Plon, 1861 :

« Henriette Françoise Michelle, veuve de Jacques Auger, ci devant marquis de Marbœuf, maréchal de camp, native de Nantes, demeurant à Champs, déparlement de Seine et Marne, âgée de cinquante cinq ans, convaincue d’être auteur ou complice d’une conspiration contre la sûreté du peuple français, en dénaturant le produit d’un très grand nombre d’arpents de terre dans la commune de Champs et en faisant semer a cet effet de la luzerne au lieu de blé, en suscitant des troubles dans sa commune et en désirant l’arrivée des Prussiens et des Autrichiens, pour lesquels elle conservait des provisions considérables dans sa maison de Champs.

Et Jean Joseph Payen, natif d’Avignon, âgé de quarante neuf ans, cultivateur habitant avec la femme Marbœuf dans sa maison de Champs et à Paris rue du Faubourg Saint Honoré, en la maison Marbœuf, et jouissant de toule la confiance de la femme Marbœuf, aussi convaincu de cette conspiration en ordonnant et dirigeant les semences de luzerne et en exerçant des vexations envers les patriotes de la même commune, ont été condamnés à la peine de mort. »

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La vente du domaine du sieur Payen :

La garde des biens du domaine de Chesnay fut une tâche plutôt difficile. La municipalité fut chargée de sa surveillance et procéda à la mise sous scellés des outils et les équipements liés à l'exploitation de la carrière de gypse. En l'espace de 2 mois, 3 gardiens se succédèrent au domaine. Le dernier, visiblement excédé, déclara "qu'il ferait un malheur dans la maison".

L'un des anciens régisseur du sieur Payen, ledit Lejay, commis à la surveillance et à la gestion du domaine, fut même arrêté et conduit à Paris le 8 février 1794 pour une affaire liée à des louis d'or et des objets de valeur (tabatières en or et autres bijoux) que lui aurait confié le sieur Payen.

La "Nation" devait donc maintenant revendre le domaine que lui avait acheté quelques années auparavant le sieur Payen suite à la suppression du prieuré de Gournay.

Le procès verbal d'estimation des biens décrit les bâtiments de la ferme comme suit :

  • Porte cochère au midi - à gauche cuisine, salle, salon et deux cabinets, au dessus 2 chambres à feu, au dessus 4 petites chambres lambrissées. Attenant ledit bâtiment, une écurie toute neuve pour y mettre 30 chevaux d'un même rang
  • Vis à Vis, un grand bâtiment de 10 travées couvert en ardoise - à côté de l'écurie, une petite chambre et à côté de laquelle 2 chambres à blé et plusieurs ailes de bâtiment, au dessous desquels il y a des caves. Au nord, une chambre à blé de 5 travées, 3 poulaillers
  • En retour, une grange à avoine de 7 travées
  • Dans la cour, un grand abreuvoir bien pavé avec la facilité de renouveler l'eau à volonté
  • A côté de la grange à avoine, étable, puis écurie pour 12 chevaux
  • A l'est, une remise et une écurie, un cellier, un fournil, une laiterie, un autre cellier
  • Un bâtiment couvert de roseaux servant d'atelier aux ouvriers.

Le domaine et ses biens furent donc mis en vente en Septembre 1794 et éclatés en plusieurs lots.

Le corps de ferme, l'intégralité de ses bâtiments ainsi que 349 arpents de terre furent vendus 220.000 Livres à un certain Jean-Baptiste Belle, chirurgien à Montfermeil, qui en passa déclaration au profit d'un certain Denis Charles Louis Desprès qui se portait fort de Benjamin Marie Féburier et de Marie-Améline Le Gacies.

Deux fours à plâtre, un petit bâtiment, un pressoir (dans la rue actuelle du même nom) et 10 arpents de terre furent acquis par J.P. Deschard de Gonesse au profit de Jacques Saint-Pierre à Paris. Ce nouveau propriétaire su, pour des raisons qui nous échappent encore, y laisser son empreinte, car de nos jours, nous parlons toujours de la carrière dite Saint-Pierre.

66 arpents de terre furent vendus à une trentaine de particuliers pour des tailles de parcelles d'environ 2 arpents.

Carte_des_chasses_du_roi-1764

Carte des Chasses du Roi, 1764.

A suivre...

Voici les sources bibliographiques qui nous ont permis de retracer l'histoire du domaine du Chesnay :

  1. "Un village de la banlieue parisienne : GAGNY" par Georges Guyonnet, ouvrage couronné du Prix Comartin 1944. C'est la bible de l'histoire de Gagny.
  2. "Le domaine du Chesnay" par Jacquet, Pierre ( Bulletin de la société historique du Raincy et du pays d'Aulnoye, 1969, N°36, p. 26-41)
  3. "Le Général Baron Joannès, sa famille et les familles alliées" par Mr Lemonchois, Société historique du Raincy et du pays d'Aulnoye)
  4. Gagny et ses carrières de plâtres par Michel Engelman (Bulletin de la société historique du Raincy et du pays d'Aulnoye, En Aulnoye Jadis, 1996, N°25, p. 57-74)
  5. Champs - Noisy. Les dîmes...La ferme du Chesnay à Gagny par Serveau, Yves ( Bulletin municipal officiel de Gournay, Date d'édition : 1988, Collation : n°2, p. 36-37)
  6. L’évolution urbaine de Chelles, 1824 – 1911 par Jérôme Donato, la Société Archéologique et Historique de Chelles, Bulletin N°16 – 1998/1999
  7. La Seigneurie de Chelles, ses fiefs, ses lieux dit, par Annick Desthuilliers, la Société Archéologique et Historique de Chelles, Bulletin N°12 – 1993/1994
  8. Le Cartulaire de Gournay-sur-Marne, traduit du latin par la Société Histoire de Gournay-sur-Marne, Noisy-le-Grand et Champs-sur-Marne.