L’approvisionnement de tous les produits de l’exploitation (fumier de cheval, terre) se fait par des puits de quatre mètres de diamètre creusés à cet effet. L’approvisionnement se fait quant à lui à l’aide de panières de châtaigniers fixées sur une poulie. Durant cette période, la culture du champignon est réalisée sur des meules ensemencées de mycélium.

La culture des champignons de Paris sur meules nécessite alors un personnel très important . Joseph Zinetti fait appel à ses compatriotes, qui arrivent nombreux de son village en Lombardie et de ses alentours. Il est à l’origine dans les années 1900 de la plus grande implantation italienne bergamasque dans l’ancienne Seine-et-Oise, à Gagny, mais aussi dans les petites villes des alentours. Une grande partie du personnel de la champignonnière, ainsi que la famille des employés, vit dans les quartiers environnants, souvent logés par l’entreprise. Les soirs d’été, ils se retrouvent sur le pas de leur porte pour discuter, toujours dans leur dialecte, des événements quotidiens. On appelle ce lieu "La petite Italie".

Le lien des ces Italiens du Nord avec leur région d’origine est resté longtemps très fort. Ces familles, aux traditions religieuses très ancrées, se réunissent pour toutes les fêtes carillonnées autour d’un plat traditionnel appelé "polenta e uccelli", littéralement polente aux petits oiseaux. Ils s’agit d’un plat régional à base de farine de maïs et d’eau, agrémenté de passereaux rôtis dans leur jus. Ce plat est toujours très apprécié.

Joseph Zinetti avait une autre passion que la culture du champignon : la musique. A la Saint-Joseph, fête célébrée pendant des décennies par la famille Zinetti, il régale sa famille et son personnel en interprétant l’Opéra de Giuseppe Verdi. Il le connaît par cœur. L’arrivée massive des Bergamasques, particulièrement bien intégrés en France, aura pour conséquence la création de nombreuses autres champignonnières en Ile-de-France. Certains enfants de ces derniers deviendront artisans. Les nouvelles générations se sont orientées elles vers les professions libérales. Une intégration réussie.

Angel est l’un des fils de Joseph Zinetti. Né le 21 juin 1915, passionné par le métier de son père, il viendra l’épauler très jeune. Entreprenant et novateur, il donne une nouvelle impulsion à la champignonnière familiale. Il abandonne les carrières dites à trous pour des carrières de plein pied. En 1947, il achète à la Société "Poliet et Chausson" une carrière de 20 hectares dont il était jusqu’à présent locataire.

Son idée de mécaniser les champignonnières le propulse au premier rang des producteurs français. Il s’implante dans les carrières de Livry-Gargan (18 ha) et de Noisy-le-Sec (10 ha). Il produit alors cinq tonnes de champignons par jour. Il devient le spécialiste des champignons rosés, qui feront la notoriété de son entreprise. Durant cette période la culture se fera sur plates-bandes.

La vente en gros de cette production s’effectue aux Halles de Paris. Les champignons cueillis dans la journée sont mis dans des paniers en châtaignier individuels et sont déposés sur le carreau des halles, à 23 heures chaque soir – plus tard, les champignons seront livrés aux nouvelles Halles de Rungis. On trouve également ce délicieux champignon à la gare Paris-Est banlieue, et de nombreux travailleurs avant de prendre leur train du soir apprécient de pouvoir faire l’achat de champignons frais.

Fort de son expérience, Angel Zinetti se lance dans la production de champignons, dans les Maisons à champignons qu’il fait construire où de nouvelles méthodes de culture sont en vigueur. Il devient, dès 1967, l’un des cinq premiers champignonnistes pratiquant la culture du champignon de Paris hors-sol dans l’Europe des six. Parallèlement, il poursuit sa production de champignons en carrière et opte pour une culture à la fois sur plates-bandes et en sacs.

Son propre fils, Jean-Joseph, est lui aussi gagné par le virus du champignon. Pendant de nombreuses années, il collabore avec son père avant de participer à la modernisation et au développement de l’entreprise, jusqu’à sa fermeture en 1992. Fidèle à la tradition familiale, il est devenu directeur commercial d’une société spécialisée dans la vente du mycélium de champignons en Europe. La mondialisation aura contribué à la disparition d’un métier : la culture du champignon de Gagny, "notre bon champignon de Paris".

Source : Micheline Pasquet - Société d’Histoire de Gagny