La commune de Gagny, située dans l’est de Paris, sollicite alors de la main d’œuvre pour sa carrière du Centre et sa carrière du Pont Saint-Pierre. Le travail harassant qui les attend ne fait pas peur aux Bergamasques ; ils en ont vu d’autres. De toute façon, en eux subsiste l’espoir de pouvoir un jour se rendre "aux Amériques", ainsi que l’on disait encore en ce temps-là. Transformés en de petits "hommes blancs", les ouvriers sont soumis à une très forte température. De plus, ils respirent énormément de poussière. En effet, la transformation du gypse en plâtre nécessite un chauffage intense.

Carte postale des carrières de Gagny

Plus chanceux, certains ouvriers sont chargés du transport du plâtre par un petit train qui se dirige, via la voie ferrée passant par les Abbesses, vers l’usine Poliet et Chausson, près du canal à la pointe de Gournay.

Usine Poliet-et-Chausson de la pointe de Gournay

Mais tous les Bergamasques ne travaillent pas dans les carrières. D’autres, connaissant le métier le bottier cordonnier, installent de petites échoppes au fond d’un jardin, pour réparer et fabriquer les chaussures des Gabiniens. D’autres enfin se familiarisent avec la culture des champignons.

Carriers bergamasques dans une galerie de gypse avec lampe à acétylène

Carriers bergamasques dans une galerie de gypse avec lampe à acétylène (Source : http://plateau-avron.com)

Pour s’héberger, les Bergamasques obtiennent des chambres auprès des habitants, ou résident dans un hôtel, près du stade de l’est. Leurs chambres sont très modestes. Mais au moins, ils ont un travail et un toit. Alors que certains trouvent l’âme sœur sur place, d’autres font venir leur épouse d’Italie et fondent ainsi une famille. Les femmes de ces courageux ouvriers ne restent pas oisives, cependant. Employées comme femmes de ménage, elles sont également très appréciées pour le service de table lors des cérémonies de mariage, les baptêmes, les communions. Habituées à des tâches difficiles, elles sont robustes et excellent à la cuisine, où elles se montrent dévouées et courageuses.

Les ritals du plateau d'Avron

Les ritals du plateau d'avron (Source : http://plateau-avron.com)

Depuis les années 1925, les familles bergamasques installées à Gagny se sont mêlées à la vie des habitants. De nombreux mariages ont permis d’unir les Gabiniennes et ces beaux Italiens aux yeux bleus. Leurs enfants ont échangé leur culture et leurs traditions avec leurs camarades de classe. Malgré tout, les Bergamasques continuent de former une communauté très soudée à Gagny. Et aux Etats-Unis, on ne les a toujours pas vus venir.

Voir également l'excellent article de site historique du Plateau d'Avron : Les ritals du Plateau d'Avron.

Source : Micheline Pasquet - Société d’Histoire de Gagny